samedi 14 août 2004 (Reuters - 23:28)
par Pascal Fletcher
CARACAS - Un référendum "révocatoire" sur le mandat du président Hugo Chavez a lieu dimanche au Venezuela, où le gouvernement affirme que le peuple - en particulier les ouvriers du pétrole - n'acceptera pas une défaite éventuelle de l'ancien parachutiste devenu chef d'Etat.
L'avertissement formulé vendredi par le ministre vénézuélien de l'Energie, Rafael Ramirez, fait craindre que des partisans inconditionnels de Chavez, employés de la compagnie pétrolière nationale ou responsables militaires, ne refusent de s'incliner devant une victoire de l'opposition sur le dirigeant populiste.
"En aucun cas il (Chavez) ne sera battu. Le peuple, dont nos employés du pétrole, ne l'acceptera en aucun cas", a affirmé Ramirez aux journalistes.
Chavez et l'armée se sont engagés à respecter l'issue du référendum, qui est attendue à partir de dimanche soir. Mais le président a également évoqué jeudi le risque d'une réaction populaire au cas où l'opposition obtiendrait sa révocation et arriverait au pouvoir lors des élections qui suivraient.
Ces mises en garde font resurgir le scénario du pire dans un pays qui est le cinquième exportateur mondial de brut et sur fond d'instabilité du marché pétrolier: un résultat contesté qui relancerait une agitation comme celles de 2002 et 2003, suscitées par une tentative de coup d'Etat contre Chavez et une grève de longue durée dans le secteur pétrolier.
RASSEMBLEMENTS MASSIFS
Partisans et adversaires de Chavez ont bouclé jeudi leurs campagnes avec d'immenses rassemblements qui laissent prévoir une joute électorale très rude.
Lors d'une des plus importantes manifestations anti-Chavez observées à Caracas, des centaines de milliers de Vénézuéliens ont fait comprendre qu'il fallait compter avec les voix de l'opposition, même si des analystes de Wall Street prédisent une victoire du président.
Devant des milliers de partisans rassemblés sur une avenue proche de la présidence, Chavez a quant à lui jugé "inévitable" sa victoire au référendum. Il a jugé l'opposition dans l'incapacité de gouverner en affirmant que soldats et ouvriers rejetteraient un gouvernement formé par ses ennemis, lequel serait "balayé".
Cesar Gaviria, ancien secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), a estimé pour sa part que Chavez et ses adversaires admettraient les résultats annoncés par les autorités électorales. "Je ne puis dire qu'il n'y ait aucun risque de violence, il y en a quelques-uns, mais ce risque ne me paraît pas élevé", a dit Gaviria, qui fera partie d'une mission d'observation de l'OEA et du Centre Carter lors du référendum.
Le pétrole a dépassé les 46 dollars par baril vendredi à New Yorki, notamment par crainte que le référendum ne tourne à la violence et ne perturbe la production pétrolière du Venezuela.
Ex-colonel parachutiste, ancien putschiste, rescapé d'un bref coup d'Etat en avril 2002, Chavez affirme mener une "révolution pour les pauvres", développant des programmes d'accès à l'éducation et à la santé. Il accuse l'opposition d'être soutenue par les Etats-Unis de George Bush, ce que dément l'administration républicaine au pouvoir à Washington.
STABILITE
Ses adversaires l'accusent de vouloir instaurer un régime à la cubaine. Ils affirment que sa politique interventionniste conduit le pays à la ruine et lui imputent la contraction de l'économie vénézuélienne en 2002 et 2003.
Ramirez a présenté Chavez comme le seul garant de la stabilité. Au grand plaisir du président, beaucoup d'experts de Wall Street ont fait clairement comprendre qu'ils jugent une nette victoire de Chavez préférable à un résultat contesté.
Gaviria a dit s'attendre que le système de vote automatisé fonctionne de manière satisfaisante et permette d'éviter des irrégularités à grande échelle. "Il faut que les deux parties fassent preuve de responsabilité et de sérieux, qu'elles ne présentent pas de résultats non autorisés", a-t-il dit.
L'opposition, qui regroupe partis politiques, dirigeants de milieux d'affaires et de syndicats ainsi que des dissidents de l'armée, assure qu'il n'y aura pas de chasse aux sorcières contre les fidèles de Chavez s'ils accèdent au pouvoir.
De son côté, le ministre des Finances Tobias Nobrega a déclaré cette semaine à Reuters que l'essentiel du programme économique actuel serait maintenu quel que soit le vainqueur du référendum révocatoire.
Environ 14 millions de Vénézuéliens se prononcent le 15 août sur la suite du mandat de Chavez. Si le "non" l'emporte, le président élu en 1998 et réélu en 2000 ira au terme de son mandat.
Si le "oui" l'emporte avec au moins 3,76 millions de voix - les suffrages obtenus en 2000 par Chavez -, il devra démissionner et un nouveau scrutin présidentiel sera organisé dans les trente jours. La Cour suprême n'a pas indiqué si Chavez serait autorisé à se présenter à ce nouveau scrutin ou s'il devrait attendre décembre 2006.

Une cycliste passe devant un graffiti appelant à voter "oui" au référendum sur le mandat du président Hugo Chavez, à Caracas. Chavez et l'armée se sont engagés à respecter l'issue du référendum "révocatoire" dimanche au Venezuela. Mais le président a également évoqué le risque d'une réaction populaire au cas où l'opposition obtiendrait sa révocation.
