La crise énergétique s'aggrave en Argentine, menaçant la vigoureuse reprise économique en cours et les bonnes relations avec le Chili voisin, qui risque de se voir privé d'une partie du gaz naturel servant à faire tourner ses centrales électriques.
Le pays latino-américain, qui a connu l'an dernier une croissance économique de 8,7%, pourrait renouer à partir de la semaine prochaine avec les coupures de courant généralisées, une pratique disparue depuis une décennie.
L'Argentine paie le prix de la stagnation de sa production de gaz naturel, qui sert à alimenter les centrales thermiques mais aussi l'un des plus important parc automobile au monde fonctionnant au gaz naturel comprimé (GNC).
La sécheresse qui sévit dans une bonne part du pays vient compliquer les choses en réduisant le rendement des barrages. Et l'une des deux centrales nucléaires du pays doit être arrêtée, pour des travaux de maintenance programmés.
Les autorités argentines estiment qu'il manque à l'heure actuelle 5 millions de m3 de gaz, soit environ 6% de la consommation du pays.
Jeudi, le président Nestor Kirchner a durement accusés les entreprises productrices de gaz d'être à l'origine de la crise, de par leur refus d'investir. "Ils viennent nous dire qu'il ne va pas y avoir d'énergie, mais les producteurs de gaz ne font plus d'investissements depuis 1996", a-t-il critiqué.
Son ministre de l'Economie Roberto Lavagna a estimé que les difficultés du secteur avaient été aggravées par le refus des autorités de la Concurrence d'autoriser l'an dernier des augmentations de tarifs.
Les grandes entreprises multinationales qui dominent le marché argentin du gaz, comme Repsol-YPF, Total et Petrobras, ne sont guère incitées à investir dans la recherche de nouveaux gisements, car leur production est vendue localement en pesos, à des prix très nettement inférieurs à ceux pratiqués au niveau mondial.
Pour faire face à la crise, Buenos Aires a décidé restreindre ses exportations de gaz. Un décret, paru vendredi au Bulletin officiel, "suspend, à partir de l'entrée en vigueur de la présente résolution, l'exportation des excédents de gaz naturels qui pourraient être utiles à l'approvisionnement du marché intérieur".
Le Chili est le premier visé par cette mesure car 40% de son électricité est produite à partir de gaz argentin. Le président Ricardo Lagos a toutefois assuré par avance qu'une défaillance du partenaire argentin serait palliée par l'entrée en service de la centrale hydraulique de Ralco, d'une capacité de 540 mégawatts.
En Argentine même, le gouvernement a appelé la population à économiser le courant. Outre d'éventuelles coupures, les entreprises et les particuliers pourraient devoir faire face à une baisse de la tension de 220 à 209 volts.