samedi 5 novembre 2005
Le Sommet des Amériques cherche difficilement à éviter l'échec
MAR DEL PLATA (AFP) - Les 34 dirigeants du continent américain réunis à Mar del Plata (est) cherchaient samedi à réduire leurs différences sur le projet de zone de libre échange défendu par Washington, afin d'éviter l'échec de ce IVème Sommet des Amériques.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, visiblement agacé, a eu beau marteler devant la presse que la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) n'était pas à l'ordre du jour, ce projet de marché commun continental, proposé en 1994 par les Etats-Unis, bloquait toujours samedi l'adoption d'une déclaration finale, à quelques heures de la fin du Sommet.
"Quand on m'a invité à cette réunion, il y avait trois thèmes à discuter pendant ces 24 heures: l'emploi, l'emploi et l'emploi. Nulle part il n'était fait mention de la ZLEA", a affirmé le président Lula.
Le Mexique n'est pas de cet avis et continuait samedi à réclamer, au nom d'une trentaine de pays, que la ZLEA soit mentionnée dans la déclaration finale du Sommet.
Il a vivement critiqué les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), opposés à cette initiative, en les invitant à se montrer plus "créatifs" et à revenir à la table de discussions.
Devant ces blocages qui menacent "son" sommet, le président argentin Nestor Kirchner n'a pas non plus trouvé de raisons de se réjouir après son entretien avec son homologue américain George W. Bush.
Réclamant l'aide de Washington dans les négociations que l'Argentine veut entamer avec le Fonds monétaire international (FMI), il s'est vu opposé une fin de non recevoir. Bush a souligné que l'Argentine était désormais assez "forte" pour négocier toute seule.
Les deux hommes ont d'ailleurs reconnu lors d'un point de presse avoir discuté avec une grande franchise des sujets les séparant, à commencer par la ZLEA. "Il est bon de rappeler que nous avons eu une réunion très claire, sincère, très franche", a déclaré M. Kirchner.
Plus tard, le président argentin, dans un discours prononcé lors de la cérémonie d'ouverture, n'a pas hésité à dénoncer la responsabilité "inexcusable" des Etats-Unis dans la défense de politiques qui ont provoqué, selon lui, "misère et pauvreté", dénonçant au passage le rôle du FMI dans ces politiques.
"Au nom de la démocratie, nous avons moins de démocratie", a-t-il notamment lancé, sous les vivas de son homologue vénézuélien Hugo Chavez, bête noire de Washington.
Ces divisions continentales ont totalement occulté ce qui devait pourtant être le thème essentiel de ce IVème Sommet, la lutte contre la pauvreté et le chômage, alors que des milliers de manifestants défilaient à Mar del Plata et dans toute l'Argentine pour réclamer, entre autres, de meilleures conditions de vie.
Un grand rassemblement dans le stade de Mar del Plata a été le moment culminant de ces manifestations ayant George W. Bush pour principal point de mire.
Vendredi après-midi, des incidents violents ont opposé les forces de l'ordre à environ 300 militants radicaux, qui, frustrés de ne pouvoir briser l'impressionnant cordon policier, ont brûlé une succursale bancaire et une quinzaine d'autres commerces avoisinants. A Buenos Aires, des échauffourées ont également opposé forces de l'ordre et militants les plus radicaux.
Au total, plus de 80 personnes ont été arrêtées mais ces affrontements, limités, n'ont fait que des dégâts matériels. Samedi midi, aucun incident n'était à déplorer.
Le président cubain Fidel Castro était le seul dirigeant du continent à ne pas avoir été invité à ce sommet.