vendredi 4 novembre 2005

Haïti porte plainte contre Aristide devant un tribunal américain


MIAMI (AFP) - Le gouvernement haïtien a porté plainte aux Etats-Unis contre l'ex-président Jean Bertrand Aristide, exilé depuis 2004 en Afrique du Sud, pour avoir volé des "millions de dollars" d'argent public et participé à un trafic de drogue.

Selon des documents judiciaires obtenus jeudi, la plainte, déposée la veille dans un tribunal fédéral de Miami (Floride, sud-est), accuse l'ancien chef d'Etat "d'avoir pillé le trésor public", "volé des revenus de la compagnie de téléphone nationale haïtienne", et "d'avoir encouragé, protégé, participé et profité d'un trafic de drogue illégal en Haïti et passant par Haïti".


"Nous avons choisi de porter plainte aux Etats-Unis parce que l'argent détourné par M. Aristide est allé en grande partie dans ce pays", vers des banques et des entreprises, a déclaré à Port-au-Prince à l'AFP le Premier ministre haïtien Gérard Latortue. "C'est plus facile parce que nous avons un accord avec les USA", a-t-il ajouté.

Pour l'instant, le gouvernement haïtien n'a pas décidé d'entreprendre d'action devant la justice haïtienne. Il revient au juge saisi de l'affaire en Floride de décider ou non de lancer un mandat international contre l'ex-président, a précisé Gérard Latortue.

L'action judiciaire à Miami est une "plainte sans fondement, déposée par le gouvernement de Vichy en Haïti", a dénoncé l'avocat d'Aristide à Miami, Ira Kurzban, en allusion au régime français qui a collaboré avec l'Allemagne nazie lors de la seconde guerre mondiale. Elle fait partie "de la même campagne de désinformation entamée sous la présidence de Bill Clinton", a-t-il ajouté.

La plainte du gouvernement provisoire haïtien survient un mois avant les premières élections générales programmées en Haïti depuis la démission le 29 février 2004 d'Aristide, confronté à une insurrection armée. Après plusieurs reports, un scrutin présidentiel et parlementaire est attendu en décembre mais aucune date n'a encore été publiée.

Selon le gouvernement haïtien, les détournements de "dizaines de millions de dollars", au profit de la famille d'Aristide, de partisans, d'amis ou d'associés, ont débuté en 2001 et se sont prolongés jusqu'en 2004.

Plus de 16 millions de dollars auraient été transférés entre 2001 et 2003 d'un compte du secrétaire particulier d'Aristide détenu à la Banque centrale d'Haïti vers la Banque populaire haïtienne (BPH), contrôlée par l'Etat, puis versés à des entreprises privées liées à l'ancien président et ses associés.

Outre Aristide, sept personnes et une entreprise sont visées par la plainte du gouvernement haïtien. Parmi elles, figurent l'ancien ministre de l'Economie et des Finances Faubert Gustave, qui habite à Sarasota (Floride), et l'ancien directeur de la BPH, Rodnee Deschineau, habitant dans l'Etat du Massachusetts (nord-est).

Les accusations de participation à un trafic de drogue relancent des soupçons anciens sur la transformation d'Haïti en plaque tournante pour le trafic de drogue sous le régime Aristide. Récemment, quatre anciens hauts fonctionnaires haïtiens, ayant travaillé pour l'ancien président, ont été jugés pour trafic de drogue ou blanchiment d'argent à Miami. Trois d'entre eux ont été reconnus coupables, le quatrième a été innocenté.

En Haïti, deux rapports officiels ont déjà accusé l'ancien régime d'Aristide de détournements de fonds publics.

Il y a une semaine, l'Unité centrale de renseignements financiers (UCREF, organisme étatique) a demandé qu'une convocation pour témoigner soit émise par la justice contre Aristide et d'anciens ministres pour "blanchiment des avoirs provenant du trafic illicite de la drogue et d'autres infractions graves, de soustraction de deniers publics, forfaiture, concussions et corruption de fonctionnaires publics".